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Le bouquet est-il imposable ?

Dans le cadre d’une vente en viager, la fiscalité constitue un élément structurant de l’opération. La question de l’imposition du bouquet, c’est-à-dire la somme versée comptant au vendeur lors de la signature de l’acte authentique, est fréquemment soulevée.

Contrairement à une idée répandue, le bouquet n’est pas imposable en tant que tel comme un revenu. Son traitement fiscal dépend en réalité du régime applicable aux plus-values immobilières, ce qui implique une analyse globale de l’opération, intégrant la nature du bien, la situation du vendeur et les modalités de la vente.

Le principe : le bouquet n’est pas un revenu imposable

D’un point de vue fiscal, le bouquet ne constitue pas un revenu au sens de l’impôt sur le revenu. Il s’analyse juridiquement comme une fraction du prix de vente du bien immobilier, versée de manière anticipée.

À ce titre :

  • Il n’est pas soumis à l’impôt sur le revenu

  • Il n’est pas assimilé à une rente viagère ou à un revenu périodique

  • Il ne relève pas du régime des revenus de capitaux mobiliers

Le bouquet est donc intégré dans le prix global de cession du bien, au même titre que les rentes viagères.

L’imposition éventuelle : la fiscalité des plus-values immobilières

Si le bouquet n’est pas imposé comme un revenu, il peut indirectement être concerné par l’imposition des plus-values immobilières lorsque celle-ci est applicable.

La plus-value immobilière correspond à la différence entre :

  • Le prix de cession du bien

  • Le prix d’acquisition (majoré des frais et, le cas échéant, des travaux)

Le raisonnement fiscal repose exclusivement sur le prix mentionné dans l’acte de vente.

L’exonération principale : la résidence principale

Dans la grande majorité des opérations en viager occupé, le bien vendu constitue la résidence principale du crédirentier.

Dans cette configuration :

  • La plus-value immobilière est totalement exonérée

  • Le bouquet est donc perçu sans imposition

  • Seules les rentes viagères relèvent d’un régime fiscal spécifique

Cette exonération constitue un levier majeur d’optimisation patrimoniale.

Les cas où une imposition peut exister : vente hors résidence principale

Lorsque le bien vendu ne constitue pas la résidence principale, la plus-value immobilière est en principe imposable.

Dans ce cas, l’imposition est calculée sur le prix de vente mentionné dans l’acte  et cela dépend du type de viager (libre ou occupé).

Le taux comprend :

  • 19 % au titre de l’impôt sur le revenu

  • 17,2 % de prélèvements sociaux

Des abattements pour durée de détention s’appliquent :

  • Exonération d’impôt après 22 ans pour l’impôt sur les revenus

  • Exonération totale après 30 ans pour les prélèvements sociaux

Une distinction fondamentale : viager libre vs viager occupé

Le mode de calcul de la plus-value dépend directement du type de viager.

En viager libre, le prix mentionné dans l’acte correspond à la valeur vénale libre du bien, autrement dit, sa valeur de marché sans occupation. Ce prix constitue la base de calcul de la plus-value immobilière.

Prenons un exemple d'un bien vendu en viager libre pour une valeur de marché de 300 000 € :

  • Bouquet : 100 000 €

  • Rentes viagères : 200 000 €

Le prix de vente retenu dans l’acte est de 300 000 €.

La base de calcul de la plus-value est donc de 300 000 €, indépendamment de la répartition entre bouquet et rentes.

 

En viager occupé, le vendeur conserve un droit d’usage et d’habitation. De ce fait, une décote d’occupation est appliquée sur la valeur vénale du bien.

Le prix mentionné dans l’acte correspond donc à une valeur dite « occupée » :

Valeur occupée = valeur vénale libre – décote d’occupation

C’est cette valeur occupée, juridiquement retenue dans l’acte, qui sert de base de calcul pour la plus-value.

Une réalité : une fiscalité très rare en viager occupé

En pratique, les situations d’imposition du bouquet sont extrêmement rares dans le cadre du viager occupé.

Une première raison : la prédominance de la résidence principale

Dans l’immense majorité des cas, les vendeurs cèdent leur résidence principale en viager occupé. L’exonération de plus-value s’applique alors automatiquement.

Une seconde raison : l’effet de la décote d’occupation

Dans les cas plus marginaux où le bien vendu est une résidence secondaire, le mécanisme du viager occupé limite fortement le risque de plus-value. Le vendeur conserve l’usage du bien, ce qui entraîne une décote économique significative.

Par conséquent, la valeur occupée retenue dans l’acte, inférieure à la valeur de marché, est souvent également inférieure au prix d’acquisition.

Dans ce contexte (valeur occupée inférieure à la valeur d’acquisition), la plus-value est inexistante. Le bouquet est alors perçu sans fiscalité.

Un point de vigilance essentiel : l’anticipation de la plus-value

Au-delà du principe fiscal, un enjeu opérationnel majeur doit être anticipé lors de la structuration du viager.

Lorsque la vente génère une plus-value imposable, celle-ci est calculée et prélevée par le notaire au moment de la signature. Elle est directement déduite du prix de vente. Le bouquet constitue donc, en pratique, la principale source de liquidité immédiate permettant de régler cette fiscalité.

Si le bouquet est nul ou insuffisant pour couvrir le montant de la plus-value, alors le vendeur devra financer lui-même la fiscalité en versant les fonds au notaire lors de la signature.

Cette situation est particulièrement pénalisante et doit être impérativement évitée.

Le rôle déterminant de l’expert viager

L’expert viager a un rôle déterminant et doit en amont :

  • Vérifier l’existence d’une plus-value potentielle

  • Estimer son montant de manière précise avec l’aide d’un notaire le cas échéant

  • Structurer l’opération en conséquence

Lors de la remise des estimations viagères, l’objectif est de définir un bouquet suffisant pour couvrir à minima la fiscalité et éviter toute sortie de trésorerie pour le vendeur au moment de la vente.

Les enjeux patrimoniaux du bouquet

Le niveau de bouquet doit être analysé au-delà de la seule fiscalité.

Un bouquet élevé permet une liquidité immédiate, une sécurisation partielle du prix et une réduction du risque d’impayés. En revanche, il implique une diminution de la rente viagère versée mensuellement donc une moindre perception de revenus futurs.

Selon les objectifs du vendeur, la structuration financière doit être ajustée avec précision pour répondre à ses besoins : financement immédiat, revenus complémentaires et anticipation de la dépendance. Plus d'informations

Pour conclure, le bouquet n’est pas imposable en tant que revenu. Il constitue une composante du prix de vente du bien immobilier et relève uniquement, le cas échéant, du régime des plus-values immobilières.

En pratique, dans le cadre du viager occupé, les situations d’imposition sur la plus-value immobilière sont extrêmement rares. La majorité des ventes concerne des résidences principales exonérées et la décote d’occupation réduit fortement, voire annule toute plus-value. Les cas de plus-values immobilières sont plus fréquents en viager libre lorsque le bien vendu est une résidence secondaire ou un bien locatif, en l’absence de décote d’occupation.

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